Mise en place d’une plateforme commune entre les Administrations et les Universités sur les Services écosystémiques

L’Université de Liège (Professeur Marc Dufrêne – Gx-ABT ) et l’ Université de Namur (Prof.  Nicolas Dendoncker – Dépt de Géographie) sont chargés pendant une année d’identifier et d’évaluer les services écosystémiques et d’en dresser une cartographie en Wallonie.

Les enjeux internationaux

La biodiversité et le fonctionnement de la biosphère sont largement perturbés par les activités humaines à travers l’utilisation des ressources naturelles et l’intensité des activités de production. Au-delà de la disparition d’espèces rares, ce sont les processus et le fonctionnement même des écosystèmes et des agrosystèmes qui sont menacés par des activités de production ou d’utilisation du sol qui ne sont pas résilientes et provoquent de nombreux problèmes à longue distance ou pour les générations futures. L’analyse de ces systèmes d’interactions est toutefois très complexe car elle est multifactorielle, elle nécessite de travailler simultanément à différents échelles géographiques et temporelles et qu’elle mobilise de très nombreux réseaux d’acteurs.

Depuis le dernier sommet de la Terre à Nagoya en 2010, une mobilisation internationale est mise en place pour mieux comprendre notre dépendance aux processus biologiques et écologiques. Un Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020 comprenant 20 objectifs y a été lancé de manière à intégrer les enjeux de biodiversité dans l’ensemble des décisions politiques. Cela se traduit par différentes initiatives internationale en relation étroite avec celles qui concernent la régulation climatique comme l’initiative phare « Une Europe efficace dans l’utilisation des ressources ». Elle relève de la « Stratégie de croissance Europe 2020 » a pour but de favoriser la transition vers une économie sobre en carbone, utilisant rationnellement les ressources, afin de parvenir à une croissance durable. Le principal outil de mise en œuvre de cette politique est la « Stratégie européenne Biodiversité 2020 » dont les différents objectifs servent de guides pour l’élaboration des politiques européennes, nationales et régionales de développement (comme la Politique Agricole Commune, les fonds structurels, …) ou le financement de la recherche pour développer des approches innovantes des processus de production ou de gestion territoriale.

Les services écosystémiques

L’analyse des services écosystémiques est une méthode intégrée ou systémique qui synthétise l’ensemble des bénéfices que l’humanité retire de l’utilisation des éco- et des agrosystèmes pour améliorer l’efficience des activités de production et la gestion du capital naturel. Popularisé par le Millenium Ecosystem Assessment réalisé en 2005, elle permet une analyse globale et intégrée des systèmes de production primaire qui dépendent et contribuent au bon fonctionnement des systèmes biologiques.

La grille d’analyse se décline en quatre grandes catégories avec d’abord les services de support (pédogenèse, cycle de nutriments, …) qui permettent la réalisation de services de production (nourriture d’origine végétale ou animale, fibres, matériaux, eau (non-) potable, la production d’énergie, …), des services de régulation et de maintenance (limitation des pollutions, atténuation des inondations, de l’érosion, régulation du climat local et régional, processus de contrôle biologique, la pollinisation, …) et des services culturels et sociaux comme l’amélioration du cadre de vie, la réalisation d’activités de loisirs partagés (sports, promenade, découverte de la nature, …) ou exclusifs (chasse, parcs touristiques, …), le développement de la spiritualité, de l’éducation. En Belgique, une typologie exhaustive basée sur un standard international indique que plus d’une cinquantaine de services finaux devraient être pris en compte.

Les enjeux en Wallonie

La « Stratégie européenne Biodiversité 2020 » prévoit que les Etats-Membres réalisent pour la fin 2014 une cartographie régionale des services écosystémiques et un rapportage d’évaluation du Capital Naturel pour 2020 (Action 5), qu’ils fixent des priorités pour restaurer le fonctionnement des écosystèmes et pour maximiser l’utilisation d’infrastructures vertes (Action 6), que toute perte nette de biodiversité et de services écosystémiques soit évitée (Action 7) et que la contribution de l’agriculture et de la foresterie au maintien et à l’amélioration de la biodiversité soit renforcée, à travers une mise à jour des législations et des systèmes de soutien.

Le concept des « services écosystémiques » doit devenir un critère d’analyse important pour enrichir la décision publique et mesurer l’impact (ponctuel mais aussi cumulatif et synergique) des plans, programmes et projets, quel que soit l’échelle géographique à laquelle ils sont réalisés.

Vu la complexité des systèmes d’interactions et d’informations qui doivent être pris en compte et de la dispersion des sources de données potentielles et des compétences dans différents services de l’administration et les services de recherches scientifiques (Universités, Centres de recherche, …) mais aussi dans des associations de la société civile ou les citoyens, il est essentiel de mettre en place un structure fédératrice pour organiser et gérer les flux d’informations.

La mise en place d’une plateforme « Administrations – Universités »

Le Gouvernement wallon, à l’initiative des Ministres de l’Environnement, du Développement durable et de la Nature, a approuvé le 24 avril dernier la mise en place d’une plateforme « Services écosystémiques » au sein du Secrétariat général du Service public de Wallonie (SPW), qui sera coordonnée par le Département du Développement Durable.

Cette plateforme rassemblera différents référents issus des services de l’administration concernés ainsi que deux scientifiques engagés au sein de l’Université de Liège (Gembloux Agro-Bio Tech) et l’Université de Namur pour développer un système d’informations destiné à identifier les sources d’informations, structurer les données, organiser les échanges, partager les informations disponibles, identifier les besoins complémentaires et assurer les développements méthodologiques nécessaires pour répondre aux enjeux et obligations.

Cette approche innovante ouvre des perspectives dans le domaine de la bio-économie et de l’économie de la fonctionnalité.

Nous devons avoir un autre regard sur les écosystèmes. Ils représentent un potentiel socio-économique énorme pour parvenir à une gestion réfléchie et durable de notre espace et des paysages naturels.

Je vous invite à découvrir ce que le Prix Nobel « vert » Ignace Schops a réalisé en Campine en créant le premier Parc national de Belgique « National Park Hoge Kempen » en 2006. Ce parc national (sur 60 km2 ) permet des rentrées de plusieurs de dizaine de millions d’euros par an et occupe 400 emplois.

Consultez le site http://www.rlkm.be/en/hoge-kempen